Jackie Chan : Dragon's Spirit

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1991 - Jackie Chan : King de Hong Kong - par Télé K7

Jackie Chan : King de Hong Kong

Il a une bonne bouille Jackie ! On a voulu faire de lui l'héritier de Bruce Lee, le nouveau "tueur" aux arts martiaux. Mais, plutôt que le Dragon, Jackie Chan a préféré jouer les ouistitis. Il a choisi l'humour et la cascade spectaculaire. Conséquence : M. Chan est devenu la star n°1 de Hong Kong et une valeur sûre au box-office international.

Sur les hauteurs de Hong Kong, dissimulé dans une lourde bâtisse entourée d'échaffaudages, Jackie Chan tourne Project Eagle (note : Opération Condor). A l'abri des regards indiscrets car, la nuit précédente a vu surgir, en plein milieu d'une prise, une nuée de touristes japonais glapissant "Aï, Jackie, Jackie !" et faisant crépiter leurs flashes.
En France, on connaît Jackie chan grâce à des films comme Le Chinois, Le Retour du Chinois ou grâce à ses prestations dans les deux Cannonball. Mais la plupart de ses films, sortis en salles (Le Marin des Mers de Chine, Police story) ou directement en vidéo (La Mission Fantastique, Le Protecteur) se destinent à un public d'amateurs. Mais on ne peut pas se rendre compte du phénomène de popularité de Jackie Chan dans tout le Sud-Est Asiatique. Le comédien (qui pourtant a une compagne et un enfant) explique qu'il ne faut pas imprimer la moindre ligne sur sa vie amoureuse, sinon cela déclenche des suicides parmi les jeunes Japonaises ! Dans son décor-blockhaus qui, à l'intérieur, reconstitue une hacienda espagnole, Jackie Chan met en scène et interprète Project Eagle. Et pourtant la star du kung-fu ne tourne qu'un seul film par an. Etant son propre producteur (à 50% avec la firme Golden Harvest), il prend son temps. Pour Project Eagle, il prévoit huit mois de tournage, dont trois mois en Espagne (à Barcelone) et au Maroc (à Casablanca). La fidèle équipe (de 200 personnes) qui l'entoure et lui voue une véritable adoration, reconnaît que son goût pour la perfection le rend parfois pénible. Miracles, son dernier film, une sorte de Parrain à la chinoise (présenté en première européenne, pour l'ouverture de l'hommage de la Cinémathèque française) est un énorme succès commercial, mais Jackie Chan a été sensible aux critiques selon lesquelles il aurait passé trop de temps à soigner les scènes de comédie, les décors et les mouvements de caméras...au détriment des bagarres. Il a déjà corrigé la chose sur Project Eagle et peaufinera les scènes d'action pour Fireman, son prochain film...Une sorte de pompier sympa bien dramatique mais plein d'actions, qu'il cogite déjà dans sa tête (note : le film n'a jamais vu le jour, et l'idée de Jackie a été volé par le réalisateur de Lifeline). "Miracles a coûté 79 millions de dollars Hk, Project Eagle en coûtera 50. Mon patron, Raymond Chow de la Golden Harvest, m'a limité. Si je ne dépasse pas six mois de tournage, il me donne même un bonus !" (note : au final le film coûtera 120 millions de dollars HK et le tournage s'étalera sur 2 ans !).
Jackie Chan bondit, tombe, envoie des manchettes et tatannes, rebondit et garde le sourire. Tout semble facile pour lui. Formé depuis l'âge de sept ans à la danse, à l'acrobatie, au mime, au théâtre, à l'aïkido, au judo, au karaté, à la boxe et au kung-fu, dans le cadre d'une école du fameux Opéra de Pékin, Chan a quitté la chine à 17 ans, pour devenir cascadeur sur les films made in Hong Kong.
Pour que l'on se méfie de la facilité apparente et que l'on apprécie le sérieux de son travail, le comédien-cascadeur a choisi de montrer, après le mot "fin", les scènes qui se sont mal déroulées : les incidents comiques mais aussi les accidents avec blessures, "Tout le monde peut-être un Rambo, pas un Jackie Chan !".
Raymond Chow et la Goldne Harvest avaient décidé de lancer Jackie Chan sur le marché occidental. Mais ces films, trop occidentaux, furent boudés par le public asiatique, "Je garde mon marché. Coloniser le marché américain, c'était une erreur. Je fais des films à Hong Kong parce que je sais ce que mon public veut et j'y suis libre. Aux Etats-Unis, je suis acteur, je n'ai rien à dire. Ici, je sui le pouvoir."

Il refuse les doublures.

"Quand j'exécute une cascade, j'ai peur avant la prise. Quand on dit action, j'oublie tout. Et, à la fin, je suis heureux", explique Jackie Chan qui refuse de se faire doubler : "Je suis jeune encore. Tant que j'en suis capable, je le fais. Je veux pouvoir montrer à mes enfants et petits-enfants que ce n'est pas une doublure. Mais le matin, c'est déjà dur de me décontracter. Je me demande comment je serai à 40 ans", confie le comédien qui en à déjà 37 et envisage de se limiter à une activité de producteur-réalisateur et de diriger ses cascadeurs. Il y a quelques mois, Jackie Chan a passé dix jours à l'hôpital américain de Neuilly, en France, pour une opération au cerveau : un petit éclat d'os mal placé à la suite d'une chute sur la tête...(note : lors du tournage de Armour Of God 'Mister Dynamite', dont Opération Condor est la suite).
Contrairement à La Danse Du Lion que diffuse Canal Plus lors de sa nuit "kung fu" et qui date de 1980, les récents films tournés par Jackie Chan sont très contemporains. Et s'ils regorgent de bagarres, ils ne font plus guère de place aux rites d'arts martiaux. "Le cinéma de kung-fu est mort depuis dix ans", remarque sereinement Jackie Chan. "Maintenant le public veut de l'action, de la comédie, des bagarres, des poursuites de voitures."

Par Gilles GRESSARD

Article paru dans Télé K7, 1991.

Tiré du site Le monde de Jackie Chan