Traduction d’un entretien avec Jackie Chan à l’occasion de la sortie chinoise de son autobiographie « I Am Jackie Chan »

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Voici la traduction d’un entretien avec Jackie Chan pour le webzine littéraire chinois « One is All » dans le cadre de la promotion de sa nouvelle autobiographie « I Am Jackie Chan » sortie le 21 septembre dernier en Chine. L’occasion de faire le point sur ses intentions à l’aune de ses 60 ans de carrière. Toujours intéressant.

Bonjour à tous, permettez-moi de partager avec vous un heureux événement. La semaine dernière, j’ai eu le point culminant de ma carrière avec la visite de Jackie Chan. Durant l’entretien, Jackie a soudainement sauté du tabouret et m’a giflé le dos de la main. Tout le monde sur les lieux, y compris moi, sommes restés stupéfait pendant quelques secondes avant d’éclater de rire. Le grand frère (NDR : son surnom en Chine) nous raconte alors qu’il a fait les 100 pas dans sa chambre durant près d’une semaine pour finalement s’assoir à contrecœur se demandant : « Vais-je découvrir le moustique dans la chambre qui m’empêche de dormir la nuit ?… C’est comme ça que je me retrouve à allumer toutes les lumières et que j’ai passé mes nuits jusqu’à l’aube ».

Jackie Chan n’est vraiment pas celui que j’imaginais.

 

UN ENTRETIEN SANS FOSSE GENERATIONEL

Jackie Chan a 68 ans cette année. Il y a quelques mois, il a fait ses débuts dans le domaine du « stand up » lors d’une émission télé : « j’étais tellement nerveux ce jour-là ». Il poursuit : « on m’a dit à qu’il s’agissait de promouvoir la police et les pompiers, alors j’ai pensé qu’il fallait soutenir l’émission. Mais quand je suis arrivé sur scène, j’étais très nerveux malgré les répétitions et je ne pouvais plus faire machine arrière. Heureusement, ça s’est bien terminé ».

Internet et les médias n’ont jamais cessé de parler de Jackie Chan. Récemment, les médias de Hong Kong ont lancé une rumeur selon laquelle lui et un enfant illégitime qu’il aurait eu avec la chanteuse Teresa Teng (NDR : décédé en 1995) se sont rencontrés et son entourage n’a pas osé le lui en parler au début.

Le grand frère a fait un grand signe de la main  : « Qu’est-ce qu’il y a à répondre face à des fausses nouvelles aussi évidentes ?… Vous savez, je n’aime pas ces questions basées sur des préjugés. Mais je suis disposé à répondre à tout ce que les autres me demandent ».

Durant les premières années, Jackie Chan ne pouvait pas se permettre d’être aussi franc. À cette époque, il était inévitable que les journalistes se mêlent de sa vie privée et de ses problèmes personnels, et il lui est parfois arrivé de mentir : « Quelqu’un m’a demandé plus tard, saviez-vous que c’était mal de mentir ? J’ai dit que je le savais ; le ferez-vous encore à l’avenir ? J’ai dit que je ne le ferais plus ».

Pour Jackie Chan, tant qu’il y a des gens qui parlent de lui, c’est une bonne chose, au moins ça prouve qu’il intéresse encore. Évidemment, Jackie Chan ne s’est jamais lassé d’être acteur. En tant que jeune homme abimé par son travail, je suis curieux de savoir pourquoi il a été si dévoué pendant la majeure partie de sa vie. En effet, il est naturellement plus agréable de se reposer.

Grand frère secoua la tête : « Si j’étais ces jeunes d’aujourd’hui, je me reposerais aussi ».

À l’époque, même si Jackie se cassait le pied, il reprenait toujours le travail comme d’habitude. Même s’il se plaint qu’au cours de ces trois dernières années, il ne pouvait rien faire. En effet, depuis l’épidémie, toutes les industries ont été fortement touchées. Les gens ne peuvent même plus trouver un travail décent, et encore moins poursuivre leurs rêves.

Jackie : « C’est pourquoi j’ai toujours pensé que rester sans rien faire était en réalité l’expression de la colère de la part des jeunes face à la situation. Lorsque la situation s’arrangera et que l’épidémie se dissipera, les jeunes qui se couchent, rebondiront très certainement ».

JACKIE CHAN EST COMME UN PERE

Jackie Chan a une force familière. Il s’exprime avec une certaine sagesse : « Mon tempérament irritable et ma fougue sont derrière moi. Terminé ».

Mais quand je lui ai demandé s’il avait l’impression que son âge d’or est révolu, il a répondu avec un étonnant sens de l’obstination : « Pour ceux de ma génération, l’âge d’or de certaines personnes est passé. Mais le mien, je pense qu’il est toujours là. On voit que j’ai atteint un certain âge, mais il y a des réalisateurs et des scénaristes qui écrivent des films pour moi. Je ne pourrai peut-être pas tourner des scènes de jeunes, mais les jeunes ne pourront certainement pas filmer les miennes ».

Jackie Chan ne l’a pas admis, mais au fond, nous l’avons tous compris : il ne compte pas prendre sa retraite.

Lorsqu’il ne travaille pas, Jackie avoue aimer suivre des séries comme Empresses of the Palace. L’histoire d’une jeune épouse de l’empereur de la dynastie Qing qui après avoir survécu à de nombreux scandales meurtriers et trahisons va s’imposer comme la femme la plus puissante du harem de l’empereur.

« J’étais très excité de la regarder. Je rattrapais tous les épisodes que je loupais ».

Jackie Chan parut également très satisfait de son volume de visionnage. Il raconte alors avec un plaisir manifeste que lorsqu’il tournait en Allemagne (NDR : sans doute sur le tournage du Tour du Monde en 80 Jours), il s’asseyait chaque jour après le tournage avec les membres de la Jackie Chan Stunt Team, pour voir la série The Eloquent Ji Xiaolan : « J’avais acheté une cassette vidéo, et je peux enchainer pendant une heure ou deux jusqu’à l’aube s’il le faut. Ces séries télévisées sont très documentés. Les chinois ont réellement vécu comme ça ».

Il poursuit : « En tant qu’Hongkongais qui a appris une culture qui n’est ni vraiment chinoise ni vraiment occidentale, je connais très peu le passé ».

Au cours des trois dernières années, Jackie Chan a également un nouveau passe-temps, la lecture. Un passe-temps vécu presque comme une bénédiction car chacun sait que Jackie n’a pas reçu une éducation chinoise systématique lorsqu’il était enfant, et il ne savait pas bien lire le chinois. Si bien que pouvoir lire la philosophie de Wang Yangming ou plonger dans le roman de l’auteur Colombien Gabriel Garcia Marquez « Cent Ans de Solitude » est un plaisir incroyable pour lui.

Tout en balayant son index d’avant en arrière dans les airs pour simuler sa propre vitesse de lecture, Jackie ajoute : « J’avais l’habitude de lire les SMS très lentement, peu importe s’ils étaient écrits en chinois simplifié ou traditionnel. Mais j’ai fait de grands progrès maintenant ».

L’enthousiasme de Jackie Chan est comme une boule de bowling, frappant tout le monde sans réserve. Il a toujours pris les plateaux de tournage comme sa maison, se souciant des gens autour de lui comme un grand père : « Je suis toujours impatient d’aller sur les lieux, de préparer le thé, le petit-déjeuner, le dîner, les glaces, le tout à mes frais ».

Grand frère a déclaré fièrement : « Je m’occupe de la restauration. Je ramasse généralement les ordures quand je n’ai rien à faire. Mon plateau est toujours propre ».

Mais dès qu’il est rentre à l’hôtel, il ressent un profond sentiment de solitude, passant d’un grand frère fougueux à un vieil homme nerveux : « Je n’aime pas être seul dans ma chambre, et parfois je ne sais même pas allumer une télé. Pourquoi est-ce si compliqué aujourd’hui d’allumer une télé ? Pour voir un film, il faut se connecter à quelque chose, puis télécharger. A notre époque, nous avions l’habitude de regarder la télévision et de choisir directement la chaîne, mais maintenant je ne sais plus faire fonctionner ces choses, c’est embêtant ! ».

SON AGE D’OR

Jackie Chan est dans le métier depuis 60 ans et est connu avoir avoir pris des risques insensés.

« A l’époque, au sein de la Jackie Chan Stunt Team, on ne se posait pas de questions. Il fallait agir ou mourir ».

Puis, il décrit le tournage d’une scène type : « Lors d’une prise, la porte de l’ambulance est grande ouverte. Après avoir tourné une scène, quiconque se casse le bras ou la jambe, ou se blesse à la tête, peut être emmené immédiatement ».

Il ne se posait pas de questions sur la blessure de l’acteur : « J’étais impitoyable quand je tournais. Après tout, je suis un grand frère. Je suis moi aussi tombé. Je sais ce que sait de ressentir sa colonne vertébrale se briser, mais je devais quand même me lever ».

De cette façon, Jackie Chan s’est présenté un nombre incalculable de fois devant les portes de la mort. Jackie Chan savait que ce n’était pas la bonne façon de faire et il a finalement réalisé son immaturité. Il est devenu progressivement prudent : « Je vais assez bien, mais je ne veux pas que d’autres soient blessés. Je ne veux pas qu’ils fassent comme moi, qu’ils endurent ce genre de difficultés et inquiètent leurs familles. Par conséquent, maintenant, je suis extrêmement prudent, même s’il s’agit d’une petite action peu dangereuse. Je vérifie que chaque corde et chaque boucle soit sûre ».

Bien que Jackie Chan ne prenne pas sa retraite pour le moment, il craint que les films d’action chinois ne retrouvent plus leurs gloires d’antan. En parlant de ce sujet, son expression s’est soudainement durcie. Jackie n’a pas de soucis personnels, mais il est constamment inquiet pour l’avenir de l’industrie. En effet, en jetant un coup d’œil sur l’ensemble de l’industrie du cinéma, il y a de moins en moins de grands acteurs spécialisés dans les arts martiaux. Si Wu Jing prend sa retraite, il n’y a plus personne. Et les jeunes acteurs comptent évidemment davantage sur les doublures et les effets spéciaux. Mais Jackie chan n’est plus aussi en colère qu’avant, et son ton est plus prévenant. Il a conscience que c’était l’époque qui a créé la génération dont il est issu. Il explique alors que les acteurs d’il y a quelques décennies avaient leur mot à dire, et il n’y avait pas tellement de restrictions.

« Maintenant, quand une grande société de production signe un artiste, elle doit trouver des assistants, des managers et des conseillers juridiques. Ils viennent les voir un par un avant de décider s’il peut faire telle ou telle scène. Le cas contraire, il faut engager une doublure ».

Jackie Chan poursuit : « En fait, si vous demandez à ces acteurs de le faire, il est probable qu’ils acceptent. Mais c’est la société de production que ne les autorisent pas, ils n’ont même pas eu l’occasion d’essayer au moins une seule fois ».

En tant qu’ancien de l’industrie cinématographique chinoise, il ne cache pas sa jalousie pour les productions européennes et américaines qui utilisent les effets spéciaux numériques pour tourner des blockbusters.

« Je n’en dis pas du mal car je les admire. J’aurai aimé pouvoir faire pareil. Évidemment, ils ont par la suite aussi appris notre style. Mais ils ont ajouté des effets visuels. Ainsi leurs scènes d’actions sont bien meilleure que les nôtres actuellement ».

Jackie Chan n’est en effet plus aussi têtu qu’il y a quelques années, et son attitude envers beaucoup de choses est devenue plus douce. Mais le poids des responsabilités n’a jamais été moindre.

Pendant tout le processus d’entretien, nous n’avons pas mentionné ses films et lui-même n’a pas semblé vouloir se répéter. Jusqu’à ce que je demande : En tant que superstar internationale, qu’est ce qui vous manque ?

Il est resté silencieux un moment, puis m’a répondu les mains jointes : « superstar internationale ? c’est ce que vous pensez, vous ».

Après avoir dit cela, il réfléchit longuement avant de reprendre : « Avant, je voulais être une star, mais personne ne me reconnaissait quand je portais des lunettes, et personne ne me connaissait quand j’enlevais mes lunettes. Plus tard, j’ai goûté au goût d’être une superstar, par exemple, j’ai rencontré une fan tellement excitée qu’elle s’est évanouie sur le coup. Mais depuis… j’essaie juste de bien faire mon travail. Je suis un acteur international mais pas une superstar internationale ».

Le grand frère a pointé soin nouveau livre « I Am Jackie Chan » posé sur la table : « C’est pourquoi je publie ce livre, et je veux vous dire… Tout le monde a un rêve, un rêve ne se rêve pas, et c’est quand vous vous y attendez le moins qu’il se réalise ».

Devant le Hollywood Chinese Theatre, Jackie Chan s’est un jour demandé quand il pourrait y apposer ses empreintes. Mais cet exploit était trop loin de lui à ses débuts. Mais 20 ans plus tard, Jackie Chan a obtenu sa propre étoile sur le Hollywood boulevard.

Lorsqu’il a vu le trophée des Oscar pour la première fois chez Sylvester Stallone, Jackie Chan a également imaginé avec audace, s’il était possible pour lui de remporter l’Oscar ?

Mais il s’est immédiatement ravisé, car il était convaincu que le cinéma d’action ne permet pas de remporter un Oscar. Sauf qu’en 2016, l’académie des Oscars a décerné à Jackie Chan l’Oscar honorifique pour l’ensemble de sa carrière. C’est le premier acteur chinois à recevoir cet honneur.

Le dernier chapitre de « I Am Jackie Chan » se termine ainsi : « À ce jour, je me regarde tous les jours dans le miroir et je me dis, tu as tellement de chance d’être là où tu es aujourd’hui. S’il y a un dieu dans ce monde, je voudrais le remercier et donner ma chance aux autres, c’est mon idéal maintenant ».

Son nouveau livre vous raconte une vie légendaire mais à travers l’entretien avec Jackie Chan, on a vu en lui un esprit sensible, droit et vif.

Le succès de Jackie Chan est sans aucun doute unique, il est la jonction entre la chance du destin et le talent personnel. Mais lui-même a toujours senti que le plus important était d’avoir une conviction inébranlable. Ne faites pas les choses à contre cœur, vous devez faire les choses qui vous semble important pour vous. Les commentaires que vous obtiendrez seront plus importants que vous ne le pensez.

Et votre âge d’or finira par arriver.

4 Comments
  • Newkolby

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    Plus grande chose à démontrer, il a fait son temps on attend que son barroude d’honneur avec 2 films successifs de qualité et de haut niveaux qui mettrai la nouvelle génération à genoux et après cela retraite… tel est mon vœux pour lui.

    • Tirry

      « qui mettrait la nouvelle génération à genoux »… hmm je ne sais pas. La vitalité n’est pas quelque chose que l’on retrouve à 70 ans avec un corps multi-fracturé (ça se paye).
      Même si au fond de nous – nous les fans de la première heure, du moins entamé au début des années 90 – on rêve tous de revoir au moins une vraie suite à « Police Story », une vraie suite à « Drunken Master » et enfin… un nouveau film qui réuni Jackie avec Sammo hung et Yuen Biao. ça enflammerait la communauté de fans à travers le monde.

  • dragonheart

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    Je refuse d’envisager que c’est fini pour lui. Il peut encore avoir de beaux projets à 68 ans. Il faut juste les bonnes personnes et filmer l’action de manière différente pour que la magie opère encore. Je le verrais bien en détective à la Andy Lau / Lau Ching Wan / Morgan Freeman. Un whodunit par exemple, genre qui revient à la mode actuellement. Mais ne nous faisons pas d’illusions, nous ne reverrons jamais un Shinjuku Incident. En tout cas pas en Chine.

    Après je lui reproche d’être devenu une peluche, un nounours pour enfants. Une stratégie qui l’a éloigné de l’élite du cinéma d’action. Ça laisse une impression de frilosité, d’hésitation. Quand je vois Dwayne Johnson contre Pablo Schreiber dans Skyscraper, j’ai l’impression de revoir du vrai Jackie. Ça cogne sévère comme dans les années 80.

    Snafu est un peu le film de la dernière chance. Il est condamné à être bon. Nous aurons également droit à un dernier Police Story qui devra se conclure en beauté.

    • Tirry

      Skyscraper, tu parles d’acteurs qui avaient sur le film 45 (Dwayne Johnson) et 39 ans (Pablo Schreiber). Soit approximativement l’âge de Jackie sur Rumble in The Bronx.

      Apres, j’ai pas dit qu’il ne ferait plus de bon film. Je réagissais juste à l’espoir de le voir « mettre la nouvelle génération à genoux ». Je n’y crois plus vraiment.

      Apres Whodunit sérieux ou comique, polar, sf… Ect. peu importe du moment que c’est bien réalisé et écrit.

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