Exclusif : entretien avec William Coryn, la « voix française officielle » de Jackie Chan !

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Il y a des entretiens que l’on aurait dû faire plus tôt. Avec un frère cascadeur et pratiquant assidu d’arts martiaux, William Coryn était prédestiné pour devenir la voix française de Jackie Chan. Depuis 1996, il a doublé une quarantaine de fois la légende du cinéma d’action et prêté sa voix à près de 200 acteurs du cinéma, de l’animation et du jeu vidéo. Outre Jackie Chan, il est également la voix française de Matthew Broderick et du personnage de Kyle (et Kenny !) de la série culte South Park. Il revient avec nous sur son parcours et nous éclaire sur le métier de doubleur tout en apportant des explications de son absence regrettable sur certaines VF de films avec Jackie Chan, comme le récent Ride On.

Quel est votre parcours ?
Issu d’une famille d’artistes, père clown, mère danseuse, grands-parents musiciens, j’ai baigné dans le milieu très jeune. Ma première rencontre avec le cinéma a été avec Pierre Etaix, dans le film Yoyo, dans lequel je tiens un tout petit rôle et où on peut voir mon père, Mimile, dans la scène qui se tient au cirque.

Diriez-vous qu’être « doubleur voix » est une vocation ou bien un hasard ?
Pour moi, un hasard total, puis un choix délibéré. Vers 35 ans, j’ai décidé de ne plus travailler que dans le secteur du doublage, qui m’apportait beaucoup plus de satisfaction que toutes les autres facettes du métier de comédien. Une en particulier : profiter de l’enfance de mes deux enfants, Laetitia et Jonathan.

Comment arrive-t-on à devenir la voix française officielle de Jackie Chan ?
Tout à fait par hasard. Je travaillais beaucoup avec Danièle Perret dans les années 90. C’est à elle que je dois avoir doublé Steve Buscemi dans Reservoir Dogs et pas mal d’autres rôles, en particulier dans certains films de John Woo. Elle a pensé à moi sur Jackie Chan dans le film Contre-Attaque (First Strike), en 1996. Peut-être me savait-elle pratiquant d’arts martiaux (NDR : il est 1er dan de judo et 4ème dan d’aïkido) et que j’avais un frère cascadeur.

L’avez-vous rencontré ?
Je n’ai jamais eu le plaisir de rencontrer Jackie Chan. Juste un check au Grand Rex pour la première de Karaté Kid.

La langue chinoise a une intonation très différente du Français et de l’Anglais. Cette intonation se reflète également dans le jeu et les expressions corporelles des comédiens chinois. Comment parvenez vous à accommoder ces différences entre nos deux langues ?
Comme pour tous les doublages, il faut transposer pour ne jamais tomber dans une forme de caricature.

À quoi consiste cette transposition ?
La transposition consiste à restituer les intentions de jeu sans copier la musique de la langue originale. Il faut être le plus fidèle possible à ce que fait l’acteur, sans pour autant copier exactement ce qu’il fait. C’est pas toujours évident.

Avez-vous une façon ou une technique particulière de doubler la voix de Jackie Chan ?
Pour Jackie Chan, je place ma voix de façon à me rapprocher le plus possible de son timbre. C’est indispensable pour les raccords voix quand des phrases en chinois ou des chansons sont conservées en VF.

On a remarqué que vous faites un léger accent chinois quand vous doublez Jackie Chan dans une production américaine. Est-ce une demande de la production ? Ou bien un choix en interne entre le distributeur français et vous ?
Ça dépend des films. C’est en accord avec le distributeur et la direction artistique. Parfois, comme dans la série Rush Hour, l’accent est indispensable, car il fait partie du comique de certaines situations. Parfois, on prend le parti de le gommer au fur et à mesure de l’avancée de l’histoire, comme dans Karaté Kid. Parfois, je ne fais aucun accent. C’est simplement une façon de placer ma voix pour être raccord avec Jackie Chan qui peut donner l’impression que j’ai une pointe d’accent.

Les fans français de Jackie Chan apprécient votre voix si bien qu’ils le remarquent facilement lors que vous ne le doublez pas, comme c’est le cas sur les Shanghai Kid et son dernier film Ride On. Comment se fait-il que les spectateurs français n’ont pas la garantie de retrouver la voix officielle française de Jackie Chan ? Un problème de calendrier ?
On ne peut pas plaire à tout le monde et parfois on préfère me changer. Soit on se débrouille pour que je ne sois pas choisi aux essais, soit on prétend que je ne suis pas disponible…

Sur quel film avec Jackie Chan avez-vous particulièrement aimé travailler ? En avez-vous un que vous préférez plus qu’un autre ?
Question difficile. Il aborde tellement de styles. J’ai adoré faire les Rush Hour sous la direction de Danielle Perret avec mon ami Serge Faliu. De belles heures de rigolade et des scènes d’anthologie. J’ai beaucoup aimé Karaté Kid également, dans lequel Jackie Chan montre toute l’étendue de ses qualités d’acteur. J’aime bien la série Police Story, même si je n’ai pas tout doublé (NDR: William n’est pas sur la VF de Police Story 3 : Supercop). Très difficile de faire un choix.

William Coryn porte ici une cravate South Park lors d’une session de travail pour South Park 😉

Un mot également sur votre travail absolument génial sur la série culte South Park où la VF peut se targuer d’être particulièrement excellente. En plus de doubler le personnage de Kyle, vous êtes également directeur artistique sur le doublage. À quoi consiste exactement ce poste ?
Au départ, en 1997, je n’étais chargé que de l’adaptation en VF (dialogues et sous-titres) ainsi que de plusieurs rôles : Kyle, Kenny, Jésus, Barbrady…
À partir de la 12e saison, j’ai succédé à Gilbert Lévy, puis Thierry Wermuth, au poste de directeur artistique. D’une manière générale, le DA est la personne qui distribue tous les rôles, connait le projet parfaitement et s’assure de la cohérence du jeu des artistes. C’est en quelque sorte le « metteur en scène » de la VF.

Dernièrement, les voix françaises se sont mobilisées avec la pétition « Touche pas à ma VF » afin de réglementer l’IA et sauvegarder le métier qui pourrait être menacé dans un futur proche. Pouvez-vous nous en dire quelques mots ? Y a-t-il déjà des éditeurs et distributeurs français qui ont fait appel à l’IA ?
Le risque est réel, les arguments sont financiers. Mais je pense qu’il faudra encore pas mal de temps pour arriver à mettre une réelle émotion dans une voix générée par l’IA. Tout ce que j’ai entendu jusqu’à présent avait le même défaut :pas de transposition. La musique de la langue source se reconnait malgré les traductions. Il y a quelques tentatives de doublage par IA, essentiellement dans des programmes institutionnels et des programmes pour enfants. Mais est-ce qu’on a envie que des machines racontent des histoires à nos enfants ? Personnellement, je trouve que ce n’est pas une bonne idée.

 

Un grand merci à William Coryn pour le temps qu’il a accordé à Jackie Chan France.

Propos recueillis par Thierry Lorenzi

 

DOUBLAGE VOIX DES FILMS AVEC JACKIE CHAN
2023 Hidden Strike
2020 Vanguard
2019 Knight of Shadows
2017 The Foreigner
2016 Skiptrace
2015 Dragon Blade
2013 Police Story Lockdown
2012 Chinese Zodiac
2011 Shaolin
2010 The Karate Kid
2010 The Spy Next Door
2010 Little Big Soldier
2009 Shinjuku Incident
2008 Le Royaume Interdit
2007 Rush Hour 3
2006 Rob-B-Hood
2005 The Myth
2004 New police story
2003 Le Médaillon
2002 Le Smoking
2001 Rush Hour 2
2001 Accidental Spy
1998 Rush Hour
1997 Mr Nice Guy
1997 An Alan Smithee Film
1996 Contre-attaque
1989 Miracles (2ème doublage)
1988 Police Story 2 (2ème doublage)
1987 Le Marin des mers de Chine 2 (2ème doublage)
1985 Police Story (2ème doublage)
1983 Le Marin des mers de Chine (2ème doublage)
1978 Le Maître chinois (2ème doublage)

ANIMATION
2017 Opération Casse-noisette 2 (Mr. Feng)
2017 LEGO Ninjago, le film (Maître Wu)
2016 Kung Fu Panda 3 (Maître Singe)
2011 Kung Fu Panda 2 (Maître Singe)
2008 Kung Fu Panda (Maître Singe)

DOCUMENTAIRE
Jackie Chan’s Green Heroes
My life : by Jackie Chan

 

Source : RS Doublage

4 Comments
  • dragonheart

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    Je n’ai rien contre Coryn. Globalement, il est satisfaisant. Ce qui me dérange un peu c’est quand il part dans les aigus. Exemple : le 2ème doublage de PS au moment où Jackie, à la fin, crie de sa petite voie aigue « Chua Tao ! » avant de dévaler le poteau. Rien que pour ça, je préfère le 1er doublage avec Vincent Violette. En plus, la bande-son est une calamité dans ce 2ème doublage à cause d’une musique en total décalage avec l’action, qui commence et s’arrête n’importe comment.

    Pour en revenir à Coryn, il part aussi vachement dans les aigus dans NPS (relache-les s’il te plait) et Accidental Spy (ne me regardez pas, regardez la route). Bref tout ça pour dire que je préfère Violette. Guy Chapellier était bon aussi dans les années 80. La VF de Niki Larson est excellente également.

    • Tirry

      Je peux comprendre. Surtout aujourd’hui, car le physique de Jackie Chan a changé. Et la voix de William fait relativement jeune. Mais sa transposition est impeccable. Il faut le reconnaitre.

  • Hadrien

    Répondre

    Je n’ai jamais apprécié le fait que le doubleur donne un accent à Jackie Chan dans la voix française. C’est d’ailleurs une des raisons qui m’a poussé à regarder les films étrangers dans les versions originales en VO. Que ce soit les films américains ou asiatiques rien ne vaut la VO.

    • Tirry

      Je comprends. Mais tu sais que lorsque Jackie Chan parle en anglais, Jackie Chan a un accent ^^
      Après, il le fait notamment quand Jackie Chan joue « le poisson hors de son bocal » comme Rush Hour afin de souligner qu’il vient d’un pays étranger.

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